L'économie identitaire de marché
- Philippe Herlin
- 30 mai
- 7 min de lecture
(Mon intervention au colloque de l'Institut Iliade le 11 avril)

Le sujet des libertés économiques n’apparaît pas en premier dans les publications et les débats de la mouvance identitaire, loin s’en faut. Cela se comprend, l’économie de marché – comprise comme discipline – ne reconnaît pas les nations, les patries, seulement un marché le plus neutre possible. Résultat, les patriotes, les identitaires voient le marché libre d’un mauvais œil et en appellent à l’État pour en faire le gardien de l’identité. Mais une telle approche conduit naturellement à une étatisation de l’économie, et c’est une lourde erreur.
Il faut se tourner vers notre histoire et se rendre compte que les libertés économiques constituent l’une des principales causes de l’émergence de l’Occident, de l’Europe, par rapport au reste du monde, la plus visible, celle qui a assuré sa puissance. Promouvoir une vision étatiste, dirigiste, c’est se condamner à régresser, à sortir de l’histoire.
Alors comment conjurer le danger du socialisme, mais aussi la menace d’un libéralisme hors-sol, qui peut dévaster nos sociétés et entamer son identité en la dissolvant dans un marché mondialisé ? Autrement dit, comment intégrer la patrie dans l’économie de marché ?
Je propose le concept d’« économie identitaire de marché ». On pourra y trouver une ressemblance avec « l’économie sociale de marché », un terme socialiste pour étatiser l’économie, c’en est bien sûr l’opposé. L’économie « nationale » de marché, pourquoi pas, mais ce n’est pas encore suffisant parce que cela ne nous protège pas des influences extérieures négatives, des logiques mondialistes, du nivellement et de l’indifférenciation.
La première référence qui pourrait nous venir à l’esprit est « America First » de Donald Trump. Mais il faut l’adapter à la France et à l’Europe.
Quel est le constat ? L’entrepreneur est bridé. C’est spécialement vrai en France, mais c’est aussi le cas au niveau européen. On constate un effondrement de l’ambition économique en Europe, pour plusieurs raisons :
- Une réglementation étouffante et envahissante ;
- une fiscalité écrasante ;
- une énergie de plus en plus coûteuse qui entame notre pouvoir d’achat et condamne notre socle industriel.
Les États-Unis et la Chine nous dépassent déjà dans l’intelligence artificielle, la robotique, la voiture autonome, les drones, le quantique, etc. Tous les secteurs d’avenir ! Donc oui, il faut retrouver nos libertés économiques, sinon nous allons devenir un pays du Tiers monde !
L’économie identitaire de marché peut être cette réponse selon moi. Comment la mettre en place ? Il faut faire confiance, et il faut le ressusciter le génie français.
Ainsi la France possède une longue histoire de réussites technologiques : au tournant du XIXe et du XXe, nous étions leader dans le cinéma, l’automobile, l’aviation, hormis ce dernier, nous sommes largement en recul. Depuis l’après-guerre, nous faisons partie des rares nations capables de maîtriser le nucléaire civil et militaire, nous avons à Cadarache le plus grand laboratoire de fusion thermonucléaire, nous avons le CERN à Genève, nous avons aussi quelques positions fortes dans l’IA, le quantique…
Nos performances dans ces domaines proviennent notamment d’un très bon niveau en mathématiques, un point fort de la France : de Fermat à Grothendieck, en passant par Fourrier, Laplace, Poincaré, Mandelbrot, voici incontestablement une dimension essentielle de notre identité. Que nous sommes en train de perdre, comme le prouve notre dégringolade dans le classement PISA, mais au moins nous savons où faire porter l’effort.
Quels seraient nos autres points forts ? Le roman, un art très français, l’image, à travers la peinture, la bande-dessinée, la caricature (inventée par Daumier), et par exemple en mélangeant les deux on obtient le jeu vidéo, un domaine dans lequel nous sommes mondialement reconnus, même si beaucoup de talents partent à l’étranger, notre manque de moyens financiers et la lourdeur des charges sociales nous empêchant de les garder.
Un autre point fort ? La diversité. Pas celle à laquelle on pense, pas celle qu’on nous impose, non, celle de nos paysages, de nos climats, de nos provinces, qui fait que l’on dit que la France est le plus beau pays du monde, parce qu’il les réunit tous en quelque sorte. C’est la richesse du tourisme, la variété de notre gastronomie et de notre art de vivre, une ressource majeure. Une diversité qui nous confère un sens de la mesure, cela aussi c’est très français, même s’il y a des périodes par moment fanatiques (comme la Terreur), mais elle ne touche en fait pas le peuple, seulement une élite parisienne jacobine, et même si, d’un autre côté, on aimerait plus de réaction face aux dangers qui menacent le pays…
Quoi d’autre ? La guerre. La France est l’une des nations qui a connu le plus de guerres au cours de son histoire, ça compte. Ça ne veut pas dire qu’il faut faire la guerre, mais la puissance de notre industrie de la défense vient de là, il faut la maintenir et la renforcer, notamment en la protégeant des appétits allemands (le SCAF est un piège).
Et on pourrait continuer la liste. On ne peut pas être bon partout, mais nous avons largement les ressources pour faire partie des grandes nations du monde. À condition de les exploiter. L’économie identitaire de marché consiste à s’appuyer sur notre histoire, sur nos grandes réalisations, pour tracer les lignes du renouveau, de la renaissance.
Pour relancer nos points forts, pour favoriser ces nouveaux entrepreneurs et retrouver notre puissance économique, il faut bien sûr baisser massivement les impôts et réduire considérablement la bureaucratie et les normes, qui nous étouffent. Le taux de prélèvements obligatoires est de 48% du PIB, il était de 35% sous De Gaulle et Pompidou, il faut revenir à ce chiffre. La liberté économique fait partie de notre histoire, il y a une grande tradition d’économistes libéraux français, de Turgot à Jacques Rueff en passant par Jean-Baptiste Say ou Bastiat, il faut s’y ressourcer.
Mais cela ne suffit pas. Il faut faire tomber ce que j’appelle les totems, devant lesquels nous nous prosternons, et qui relèvent de l’idéologie, d’une foi aveugle, comme le soi-disant réchauffement climatique anthropique (qui détruit nos capacités énergétiques), le principe de précaution, une « ouverture au monde » qui dégénère en invasion migratoire et en effacement identitaire, une construction européenne qui dissout les nations.
Il faut s’opposer à la société de contrôle et du crédit social, nous avons été confinés durant le Covid, c’était une première étape, un test grandeur nature. Il faut combattre ceux qui veulent limiter la liberté d’expression, au prétexte d’algorithmes orientés, un argument ridicule (tous les médias qui produisent de l’information la hiérarchisent à leur façon, c’est au lecteur de faire la part des choses). La liberté d’expression est inséparable des libertés économiques, du moins en Europe, ce n’est pas forcément le cas en Chine, mais il faudra voir si ce modèle tient dans la durée…
Toutes ces idées nocives relèvent du socialisme, d’une volonté de contrôle étatique renforcé, mais un socialisme new look, 2.0, qui a remplacé la lutte des classes par le réchauffement climatique (un prétexte différent pour un même objectif : le contrôle de la société par l’État). Ce discours a envahi les médias mainstream, les cercles du pouvoir, on l’entend, par exemple, à Davos au World Economic Forum, dans la bouche de patrons de multinationales. Mais il ne faut pas s’y tromper, il s’agit là d’un capitalisme de connivence, c’est-à-dire la collusion entre l’État profond et les grandes entreprises, une perversion que dénoncent depuis longtemps les économistes libéraux.
Rajoutons enfin un élément fondamental : la protection et l’exercice de notre identité ne peut pas se faire sans la souveraineté, sans des frontières, sans une autonomie démocratique. Celle-ci se réduit de plus en plus, notamment depuis que la volonté des Français exprimée lors du référendum de 2005 a été bafouée par l’adoption du Traité de Lisbonne en 2008. Les libertés s’exercent dans des nations souveraines, soyons-en bien conscients.
Au niveau international, plusieurs exemples récents montrent que défendre les libertés économiques et l’identité nationale, ça fonctionne. Au Salvador, Nayib Bukele a parfaitement su allier fermeté sur le plan sécuritaire et libéralisation économique, illustrée par sa politique pro-bitcoin. En Argentine, Javier Milei redresse le pays à une vitesse incroyable, quel exemple pour nous ! Il faut savoir convaincre sur le plan identitaire et sur le plan économique, les deux à la fois, sinon l’échec menace. A contrario, le gouvernement Modi en Inde, conservateur, demeure très étatiste, la croissance du pays en est incontestablement bridée et son parti, le BJP, pourrait le payer cher un jour. Idem au Japon où la nouvelle et très conservatrice Première ministre Sanae Takaichi refuse de s’attaquer au déficit budgétaire et propose même une augmentation de la dépense publique, attention danger !
Aux États-Unis, le dynamisme économique apportée par l’administration Trump n’est plus à démontrer, la mise à bas de l’ensemble de la législation liée au pseudo réchauffement a libéré le secteur de l’énergie et fait baisser les prix de celle-ci, très bien. Mais le refus de s’attaquer au déficit public pourrait se payer cher, la hausse des droits de douane comme solution magique est un leurre, il vaudrait mieux baisser massivement la dépense publique et les impôts. La réussite économique est un passage obligé pour ancrer la droite identitaire au pouvoir.
En attendant de pouvoir reprendre collectivement notre destin en main, je vais proposer quelques conseils pratiques, réalisables dès maintenant, pour explorer et renforcer, au niveau individuel, ces libertés économiques. Sachons être concrets et ne pas rester uniquement au niveau conceptuel.
D’abord, créez-vous un statut d’autoentrepreneur, que vous soyez étudiant, salarié, chômeur, retraité, même si vous n’avez aucune idée d’activité à développer, qu’importe, vous vous mettrez dans la disposition d’esprit de faire du business, et cela est très positif. Un coût de lancement nul, pas de TVA déductible donc pas de comptabilité à tenir, zéro frais si pas de recettes, et seulement 25% de taxes sur tout ce qui rentre, soit la moitié de n’importe quel autre statut. C’est un « petit paradis fiscal intérieur », une des rares bonnes mesures de Sarkozy, profitez-en. Le paiement en droits d’auteur permet aussi de payer très peu de charges.
Après le salaire, l’épargne. Videz votre assurance-vie ! Vous financez la dette de l’État, et s’il fait faillite vous perdrez tout ! Basculez en dehors de l’État, en dehors des banques et en dehors de l’euro en allant sur l’or et le bitcoin, suivant des proportions que vous déciderez, vous aurez ainsi le rendement et la sécurité, sur le long terme.
En somme il faut se protéger de l’État, un État glouton et inefficace, en augmentant son indépendance financière et en protégeant son épargne, sans pour autant s’expatrier, bien sûr, nous ne pouvons pas donner ce conseil, qui s’assimile à une défaite.
Le collectif c’est essentiel mais n’attendez pas tout de lui, le redressement national, il commence en votre for intérieur.