Mon déprogramme économique
- Philippe Herlin
- 28 juin
- 6 min de lecture
Dans le domaine économique, le simple fait de présenter un "programme" a pour moi une dimension dirigiste, étatiste, finalement très peu libérale. J’ai relu le programme d’Éric Zemmour de 2022, le candidat présenté comme le plus libéral lors de la dernière élection, mon Dieu, que des injonctions à faire ceci ou cela ! Je lis celui, en cours de publication, de David Lisnard, présenté comme le plus libéral pour l’élection à venir, et je vois "création d’un consortium pharmaceutique européen, sur le modèle d’Airbus, pour mutualiser la demande, garantir des prix, et relocaliser les chaînes de valeur [Macron aurait pu l’inventer]", "supprimer les ARS [très bien], transférer les responsabilités aux préfets et aux élus [ce sera encore pire, en éclatant les responsabilités]", et rien sur la remise en cause du monopole de la Sécurité sociale. Bref.
Alors moi je ne propose pas un programme, avec des idées magiques sensées résoudre tous les problèmes, je présente un déprogramme. Du verbe déprogrammer (supprimer, enlever). Le substantif n’existe pas, je l’invente !
Déprogrammer quoi, jusqu’où ? Pour retrouver une situation où la liberté, les droits de propriété, l’initiative individuelle peuvent s’exprimer sans frein, où les fruits de son travail ne sont pas captés par l’État, qui se cantonne à ses fonctions régaliennes. Mon mot d’ordre : "Sauvez la liberté, elle fera le reste !"
C’est d’ailleurs ce qu’a fait Javier Milei en Argentine, il n’a pas imposé aux parlementaires une batterie de nouvelles réformes, non, son "mégadécret" visait à "démanteler des décennies d’interventionnisme étatique hérité du péronisme et du kirchnérisme, en restaurant la liberté contractuelle, en réduisant drastiquement la bureaucratie et en réinsérant l’Argentine dans l’économie mondiale." (La Révolution Milei, Michael Migueres, Valeur ajoutée éditions, p. 132, un excellent ouvrage dont je vous conseille l’acquisition). C’est précisément ce qu’il faut faire en France. Je me suis aussi inspiré de la Vision des miléistes français (1).
D’autant qu’abroger une loi est plus simple que d’en présenter une nouvelle, qui est toujours bâtie sur des promesses alors qu’une loi ancienne peut être jugée sur pièces. "Ce qu’une loi a fait, une autre peut le défaire" expliquent les constitutionnalistes, ainsi le gouvernement rédige un projet de loi qui va prévoir explicitement d’abroger tout ou partie des dispositions de la loi précédente. Et voilà.
Sans prétendre à l’exhaustivité ni à sérier tous les problèmes, passons en revue les différents domaines.
Énergie
Je commence par l’énergie parce que toutes les lois qui relèvent de la lutte contre le soi-disant réchauffement climatique anthropique et pour la "transition énergétique" constituent la contrainte le plus lourde qui pèse sur l’économie française. Le "réchauffement climatique" est un mensonge et une escroquerie, c’est un complot communiste pour étatiser la société, il faut tout mettre à bas. C’est simple, il faut tout supprimer (éoliennes, panneaux solaires, subventions aux véhicules électrique, décarbonation de l’industrie, DPE…), et démanteler les éoliennes et panneaux solaires déjà installés.
Il faut abroger la loi Hulot qui interdit l’exploitation des énergies fossiles et mettre en valeur le pétrole de Guyanne et le gaz de schiste de notre sous-sol. Je pressent de fortes oppositions, je ferai un référendum (je suis favorable au RIC, le référendum d’initiative citoyenne).
Et bien sûr, EDF aura le droit de miner du bitcoin, ainsi que tous les acteurs intéressés (ce qui implique de changer la grille de tarif de l’électricité).
Dépenses publiques
J’ai réalisé une étude détaillée sur le sujet en 2017 pour Contribuables associés (2), je connais, je ne vais pas aligner des tableaux de chiffres. En fait on sait ce qu’il faut faire, il suffit de reprendre les rapports de la Cour des comptes et de think tank libéraux comme Contribuables associés, l’IFRAP, l’IREF, etc.
Mais moi je propose une méthode particulière. Pour réduire les dépenses publiques, il faut :
1) Avoir une vision économique et pas juste comptable (il faut libéraliser le secteur du logement, et ensuite on pourra supprimer les APL)
2) Sur 2 euros d’économie, 1 euro sert à la réduction du déficit, 1 euro est rendu aux Français sous forme de baisse d’impôt, pour motiver tout le monde et relancer la croissance.
J’explique cela dans cet extrait d’interview à Sud Radio en 2024 :
Pour accélérer la baisse de la dépense publique, constituée en grande partie par les salaires des fonctionnaires, je propose cette idée : étant donné qu’ils bénéficient de la sécurité de l’emploi, l’État offrira un chèque (ou un logement social, ce qui ne lui coûtera rien) en échange de l’abandon de cet avantage par leur démission et leur passage dans le secteur privé. Son montant sera fixé par la loi (ce sera un calcul actuariel). Chaque fonctionnaire sera libre de profiter de cette offre. Les deux parties seront gagnantes. Et les nouveaux fonctionnaires seront embauchés au statut du privé.
Fiscalité
Globalement nous devons passer de 48% du PIB de prélèvements obligatoires aujourd’hui à 35% (le niveau sous Georges Pompidou), sans nous interdire d’aller plus loin ensuite.
Il faut notamment supprimer l’impôt sur les successions, l’IFI, baisser les tranches les plus élevées de l’impôt sur le revenu, supprimer les impôts de production, baisser l’impôt sur les sociétés, la taxe sur la plus-value. Et simplifier le code de la fiscalité.
Le bitcoin et l’or deviendront des monnaies complémentaire, l’euro continuera de bénéficier du cours légal, mais si l’acheteur et le vendeur sont d’accord, la transaction pourra se faire tout ou partie en bitcoins ou en or (ce qui implique de supprimer la taxe sur la plus-value sur ces deux actifs).
Logement
Le logement en France est vraiment problématique, il faut abroger toutes les lois contraignantes (SRU et son obligation de construire 25% de logements sociaux, le DALO, l’ANRU, la loi ZAN, etc.), baisser la fiscalité et assouplir le droit foncier. Il faut permettre la vente des HLM, à leurs locataires en priorité.
Travail, chômage
Libéralisation du marché du travail, assouplissement du CDI, simplification et facilitation des licenciements et des embauches, baisse des charges salariales. Suppression des 35 heures et retour aux 40 heures hebdomadaires.
Cotisation chômage minimale, chacun étant libre de s’assurer en plus auprès d’un assureur privé.
Retraites
La retraite par répartition est un Ponzi, il faut en sortir progressivement et aller vers la capitalisation. Mais comment financer ce passage, étant donné que les salariés devraient payer deux fois, pour les retraités et pour leur propre retraite ? C’est très simple : ce passage sera financé par l’État grâce aux ressources tirées de l’exploitation du gaz de schiste et du pétrole (en Guyane), et d’autres ressources comme l’hydrogène blanc… Cette disposition sera soumise à référendum.
Suppression des régimes spéciaux financés par l’argent public.
Santé
Fin du monopole de la Sécurité sociale, cotisation santé obligatoire mais le salarié choisit sa caisse (comme en Suisse), privatisation des hôpitaux, suppression des ARS. Les assurances privées pourront, dans des limites définies par la loi, adapter leurs cotisations au comportement des assurés (afin d’encourager une alimentation saine, la pratique du sport, le suivi régulier de sa santé). Les vaccins ne seront plus obligatoires.
Enseignement
Mise en place du chèque scolaire, concurrence entre les établissements, publics et privés.
Retour aux enseignements fondamentaux, autorité retrouvée de l’enseignant.
Agriculture
L’agriculture nécessite une souveraineté minimale, comme l’énergie d’ailleurs, on ne peut pas entièrement dépendre de l’étranger même si les prix sont moins élevés. On peut réfléchir à un système comme la Suisse.
En conclusion
Mon déprogramme ne sera pas chiffré, c’est encore une vision étatiste, en "tableau Excel", tout à fait présomptueuse. En devenant une économie véritablement libérale, nous reviendrons au niveau d’impôts et de dépenses que nous connaissions sous Pompidou et De Gaulle, c’est-à-dire 35% de prélèvements obligatoires (et autant de dépenses puisque nous serons à l’équilibre budgétaire). C’est le cas de la Suisse aujourd’hui. Si nous avions gardé ce niveau, nous serions aussi riches que nos voisins helvètes, c’est-à-dire environ deux fois plus. C’est l’objectif que nous pouvons atteindre en une dizaine d’années.
En complément, on pourra lire mon texte : L’économie identitaire de marché (3).
Coïncidence, le 26 juin, l’Institut Thomas More publie un rapport qui relève implicitement de la même logique : "1975-2025, les cinquante décisions qui ont coulé la France" (4). Eh bien voilà, il faut toutes les supprimer, les déprogrammer.
Je présenterai prochainement mon déprogramme régalien (sécurité, justice, immigration, institutions, patrimoine, Union européenne, relations internationales), qui répondra à la même logique consistant à enlever toutes les couches de gauchismes accumulées depuis le début des années 1970.
Références :


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